Figure majeure de la scène internationale et grand ambassadeur de la musique française qu’il a défendue toute sa vie, Michel Plasson dirige ici un des chefs d’oeuvre du XIXe siècle, la Symphonie fantastique de Berlioz, qui, en 1830, fait entrer la musique symphonique française dans le romantisme musical, puis l’hypnotique Boléro de Ravel, sans doute l’une des oeuvres les plus célèbres de l’histoire de la musique. Rencontre avec un infatigable musicien « à la recherche du son perdu».

Vous dirigez ici la Symphonie fantastique de Berlioz. Que représente cette oeuvre pour vous ?

Michel Plasson : Toute ma vie ! Cette symphonie fait partie des quelque vingt oeuvres que j’ai le plus jouées et le plus enregistrées. C’est une oeuvre très inspirée, merveilleusement écrite qui offre, en cinq mouvements d’une invention jamais démentie, cinquante-quatre minutes de musique extraordinaire. J’adore tout particulièrement « La scène aux champs » aussi belle que la Pastorale de Beethoven, où l’on trouve l’originalité, la folie, le génie de Berlioz qui s’est exprimé dans toutes ses oeuvres. Berlioz lui-même est un musicien qui me hante, une flamme unique dans le ciel de la musique. Paradoxalement, il est apprécié de toute la Terre, sauf de la France. Il en est mort d’ailleurs. Il n’est pas seulement mort de ses deux femmes, mais aussi de la peine que lui faisait son pays en ne l’aimant pas, et cela se perpétue. Il n’est toujours pas au Panthéon...

Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

M. P. : Bizarrement et très souvent, les Français n’aiment pas les leurs et privilégient ce qui vient d’ailleurs. C’est un paradoxe mais aussi une constante, surtout dans le domaine musical. Cela est moins vrai en littérature, en poésie ou en peinture mais notre pays a toujours eu un rapport difficile avec la musique. Des pans entiers de notre répertoire ne sont jamais joués, ce qui est inimaginable pour les Russes, les Italiens ou les Allemands qui préservent jalousement leur patrimoine musical.

Vous donnez ensuite le célèbre Boléro de Ravel. L’émotion est-elle toujours intacte lorsque l’on aborde un ouvrage aussi connu à l’aune d’une expérience telle que la vôtre ?

M. P. : Elle l’est forcément, dans la mesure où le mystère éternellement renouvelé de la musique demeure. Ravel déroule un thème unique, une répétition obsédante de seize mesures, qui revient sans cesse avec des couleurs déguisées et une augmentation progressive de la masse instrumentale. C’est une page grandiose et l’une des oeuvres les plus jouées au monde avec Carmen de Bizet.

Ardent défenseur de la musique française, comment définiriez-vous les grandes lignes de ce répertoire?

M. P. : C’est un état d’esprit, une élégance, un son raffiné et d’une grande clarté, une expression très intime. Cela tient en partie au fait que l’orchestre français est polychrome, avec une prépondérance souvent donnée aux voix solistes. Mais la musique française, c’est avant tout la musique du bonheur ! A l’image de la peinture de Renoir, de Dufy, de Manet, la musique du XIXe et du XXe est heureuse. Regardez Poulenc, même quand il est triste, l’idée du bonheur transparaît !

Vous parlez souvent de « son perdu ». Qu’entendez-vous par là ?

M. P. : Le son d’un orchestre symphonique a changé depuis quelques dizaines d’années, conséquence de la mondialisation et de l’influence des Etats-Unis où on joue de plus en plus fort et où on dilate les sonorités. Or la musique ne se hurle pas, elle raconte des histoires à mi-voix, voire à voix basse. Je veille toujours avec une attention extrême à ce que le son ne soit pas dénaturé et j’ai passé ma vie à chercher quelque chose qui serait de l’ordre du « son retrouvé ».

Un compositeur au-dessus de tous les autres dans votre panthéon personnel ?

M. P. : Il y en a deux et ils ne sont pas Français ! Jean-Sébastien Bach et Ludwig van Beethoven sont, pour moi, les deux étoiles de première grandeur dans le firmament de la musique.

Votre meilleur souvenir des Flâneries Musicales ?

M. P. : Le concert donné en hommage à l’immense Mstislav Rostropovitch, maître de tous les violoncellistes, qui me manque tous les jours, dans le cloître de la Basilique Saint-Remi, un endroit si mystérieusement beau que j’ai ressenti quelque chose de métaphysique que je n’ai jamais connu ailleurs. Je suis particulièrement heureux aujourd’hui de revenir à Reims pour ce grand concert en plein air sur le parvis de la cathédrale.

Vous avez créé une académie internationale de musique dans le Languedoc-Roussillon. Quelle est sa vocation ?

M. P. : Au soir de ma vie, j’ai le bonheur de vivre avec mon épouse dans un havre de paix, une grande propriété qui serait démesurée si elle n’était dédiée à la permettre à de jeunes artistes, musiciens et chanteurs lyriques de tous les pays du monde, d’approfondir leur connaissance de la musique en général et de l’opéra français en particulier. Au cours de sessions de master classes, ils reçoivent les conseils des plus grands interprètes comme José van Dam ou Sophie Koch. Mon seul but est de leur donner quelques clés dans l’approche de ce répertoire, ce qui revient à leur en faire comprendre l’exigence, avec une attention particulière portée à la beauté de la langue française, trop souvent malmenée, et à la prononciation. La réussite du répertoire français repose plus que pour tout autre sur la qualité de l’interprétation. C’est un art dont la survie dépend véritablement de ses interprètes.

Propos recueillis par Anne de La Giraudière

 

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