Concert n°11 : Polychoralité

Mardi 26 juin 20h. Basilique Saint-Remi


Jouant avec la spatialisation des voix, avec leurs effets de réponse, d’échos et autres résonances, Joël Suhubiette et ses 24 chanteurs a capella traversent les époques, de la musique Renaissance à nos jours, notamment avec les spectaculaires pièces pour quatre à six choeurs. Un fascinant périple à travers le temps et l’espace, d’un monde musical à l’autre.

Comment avez-vous conçu ces polychoralités ?

Joël Suhubiette : Je me suis confronté plusieurs fois à l’écriture polychorale et j’avais envie de réunir en concert des œuvres à plusieurs chœurs, avec deux ou trois grandes pièces pouvant être spatialisées. Dans nos programmes a capella, j’aime toujours mélanger les styles, les langues et les époques, pour pouvoir jouer sur un grand nombre de couleurs et présenter différents univers sonores. J’ai ainsi cherché des œuvres qui permettent de parcourir les siècles, de la fin de la Renaissance à la musique contemporaine, dans le répertoire très vaste de la polychoralité

Qu’apporte la spatialisation des chœurs ?
J. S. : La spatialisation permet de développer des effets de stéréophonie très intéressants. On songe évidemment à la Basilique Saint-Marc à Venise, avec ses quatre orgues et ses quatre tribunes, qui offrait un cadre privilégié pour les joutes polychorales, en permettant de jouer sur le pouvoir dynamique de la musique par des effets d'imitation, de surenchère et de réponses dans le dialogue des voix. Dans le magnifique Qui habitat de Josquin des Prés, le chœur, réparti autour des spectateurs en six groupes de quatre chanteurs, distille ainsi une véritable magie sonore.
 
En miroir de ce chef d’œuvre de la Renaissance, vous présentez la Messe de Frank Martin. Pourquoi ce choix ?
J. S. : Avec cette partition de grande ampleur, de facture relativement classique pour une œuvre du XX° siècle, Frank Martin rend hommage à la polychoralité de la Renaissance tout en utilisant un langage harmonique très élaboré. Composée en 1917 mais créée seulement dans les années 50, cette messe pour double chœur, puissante et hautement dramatique, est à mon avis l’une des œuvres sacrées majeures du XXe siècle .
 
Quelles sont les caractéristiques des œuvres de Jakob Händl Gallus ?
J. S. : Ce compositeur tchèque de la Renaissance se situe dans la grande tradition de l’écriture polychorale, dans la lignée de Palestrina et tous les autres. Son écriture très précise, riche et rigoureuse, annonce déjà le baroque par son expressivité. Dans son Laudate dominum pour 24 voix, il utilise toutes les couleurs de la polyphonie traditionnelle, pour aller ensuite vers une écriture plus « solistique ».
 
Comment s’inscrivent les motets à deux chœurs dans ce programme ?
J. S. : La seconde partie, qui s’ouvre avec Bach, permet de brasser plusieurs styles, et les époques, avec des pièces à double chœur frontales, plus courtes, d’une durée de cinq à douze minutes. Les motets de Brahms et Mendelssohn, suivis de la pièce liturgique en russe de Rachmaninov, sont l’occasion de travailler des couleurs vocales et des langues différentes.
 
Vous terminez ce programme avec une pièce contemporaine d’Alexandros Markéas. Pouvez-vous nous présenter cette œuvre ?
J. S. : Fidèle à notre souhait de mélanger répertoire et créations, j’ai tenu à intégrer une pièce contemporaine, pour 24 voix solistes, commandée au compositeur grec Alexandros Markéas. Composée sur des textes d’Euripide, cette pièce étonnante et pleine de reliefs met en perspective deux figures féminines totalement opposées, Médée, qui prend son destin en charge et Cendrillon, enfermée dans une condition d’asservissement, qui attend son prince charmant. La voix y est exploitée sous toutes ses facettes et cette œuvre forte et dramatique, pour quatre chœurs à six voix, bénéficie également de la spatialisation.
 
Quelle est votre actualité discographique?
J. S. : Un nouvel album sortira cet automne chez Mirare, « Iberia », consacré aux polyphonies espagnoles et portugaises d’hier et d’aujourd’hui, avec deux créations commandées aux compositeurs portugais Antonio Chagas Rosa et à l’espagnol Ivan Solano. Nous donnerons ce programme au Festival de Radio-France de Montpellier en juillet avant de faire une tournée pour le lancement du disque.
 
Quels sont les autres projets à venir qui vous tiennent à cœur ?
 J. S. : Nous allons travailler avec les Percussions Claviers de Lyon dans un programme autour de John Cage et Steve Reich. C’est une nouvelle aventure pour le chœur et je suis toujours très heureux de pouvoir multiplier les formations sonores
 
Y a-t-il encore des répertoires que vous souhaiteriez aborder avec les éléments dans le futur ?
J. S. :  J’aimerais beaucoup explorer davantage le répertoire romantique, notamment Brahms qui a écrit des pages magnifiques. Dans le domaine de l’oratorio, il y a aussi beaucoup de partitions que je souhaiterais travailler, comme le sublime Israël en Egypte de Haendel. Enfin, la musique contemporaine nous ouvre toujours des horizons passionnants pour développer de nouveaux programmes et susciter les créations des œuvres de demain.
 
Propos recueillis par Anne de La Giraudière
 
N'oubliez pas de réserver vos places en cliquant juste >>ici<


 

Partager

FACEBOOK Twitter Google plus Email Email

Suivez-nous

Espace dons

Espace dons

Facebook

Instagram