Biographie

Lorsqu’on se préoccupe de la valorisation d’un patrimoine ancien, qu’il soit littéraire, philosophique ou musical, on est immédiatement confronté à ce qu’on pourrait nommer « l’obligation de choix » : le passé, c’est la mémoire indistincte des expériences humaines. Ces expériences, si elles ont eu à leur époque, en leur lieu, au sein du système ou de l’environnement qui les favorisèrent, une indiscutable légitimité, ne méritent pas toutes d’être soulignées ou revisitées. D’autres cependant ont fleuri, constituant avec la lenteur des choses importantes, un inestimable patrimoine dont nous reconnaissons la puissance,  la grandeur et goûtons aussi pour certaines, le parfum particulier, l’étrange, l’inouï.
C’est au prix quelquefois de tentatives désespérées d’arrêter le temps ou de lui échapper. Mais, c’est toujours avec la volonté inextinguible de le « présenter », autrement dit de le rendre « présent », de sorte qu’il soit reçu comme un cadeau…

C’est à l’une de ces aventures-là que se destine l’ensemble Les Curiosités Esthétiques.

De « géométrie variable », convoquant selon le cas un ou plusieurs instruments, depuis le solo jusqu’à l’orchestre, il puise ses racines dans l’Europe des Lumières, au temps des Voltaire, Mozart et Frédéric le Grand, des fils Bach, de Haydn ou du jeune Beethoven. Il s’appuie sur de solides connaissances en matière de musicologie, d’organologie ou de méthodologie pour faire revivre des partitions oubliées, en découvrir d’autres, traquer dans la facture d’un accord ou d’une couleur orchestrale  les balbutiements d’une modernité dont nos contemporains se nourrissent encore, et, considérant les lectures étonnantes qu’on se prit à faire dans les années 1830 de ces œuvres anciennes que nous appelons « baroques » et dont certains extraits commencèrent à cette époque de parsemer les programmes de concert, interroger d’une autre façon cette fameuse notion d’ « authenticité », belle et factice tout à la fois, empreinte de respect et aussi d’illusions.

Voilà notre projet, qu’il s’agira de préciser au fil de nos découvertes, de nos enthousiasmes et de nos questionnements, avec l’inaltérable conviction qu’il ne peut y avoir pour la musique d’histoire que celle dont les branches continuent de fleurir  et de fructifier…